Face aux cormorans, la Fédération de Pêche de Côte-d’Or installe deux grandes cages sous l’eau pour sauver les poissons

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Des cages géantes au fond d’un lac pour sauver les poissons. Cela ressemble un peu à de la science-fiction, pourtant c’est bien ce qui se passe aujourd’hui en Côte-d’Or. Face aux attaques répétées des cormorans, la Fédération de Pêche a décidé de passer à l’action avec une solution aussi simple que maline.

Pourquoi les cormorans posent un vrai problème

Les cormorans sont de grands oiseaux noirs, très bons plongeurs. Ils repèrent les poissons, plongent, et peuvent en avaler une grande quantité chaque jour. Pour eux, un plan d’eau calme, riche en poissons, c’est un vrai buffet à volonté.

Le souci, c’est que les poissons n’ont souvent nulle part où se cacher. Moins de zones d’herbiers, peu de branches dans l’eau, berges « propres » pour les loisirs. Résultat, les poissons sont à découvert. Et quand la pression de prédation augmente, certaines espèces locales peuvent vraiment souffrir.

Les pêcheurs le ressentent vite. Moins de prises, des tailles qui diminuent, des espèces qui se raréfient. La Fédération de Pêche de Côte-d’Or a donc voulu tester une solution concrète, sans tirer sur les oiseaux et sans interdire la pêche.

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Deux grandes cages sous l’eau : comment ça marche ?

À Bressey-sur-Tille, au fond de la gravière, deux refuges immergés ont été installés. Visuellement, ce sont de grosses cages métalliques, solides, complètement posées sous l’eau, invisibles depuis la berge sauf aux flotteurs jaunes.

Chaque refuge mesure environ 3,5 mètres de côté pour 2 mètres de haut. Cela représente plus de 25 m³ d’espace protégé par cage. À l’intérieur, les poissons peuvent entrer, circuler, se cacher, mais les cormorans, eux, ne peuvent pas y chasser correctement.

Pour ne pas gêner les pêcheurs, ces cages sont placées au centre du plan d’eau, dans la zone la plus profonde. La Fédération a ajouté des flotteurs jaunes à la surface pour signaler leur position. Ainsi, les pêcheurs savent où se trouvent les structures et peuvent adapter leur façon de pêcher.

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Un abri, mais aussi une sorte d’« immeuble à poissons »

Ces refuges ne servent pas seulement de cachette. Ils créent un vrai habitat artificiel dans une zone qui était plutôt vide auparavant. Le métal, les mailles, les volumes libres, tout cela attire peu à peu la vie.

Avec le temps, des algues, des petites plantes aquatiques, des invertébrés viennent coloniser les parois. Les alevins trouvent de la nourriture, les poissons de taille moyenne profitent des recoins, les plus gros rôdent autour. On peut presque voir ces cages comme des immeubles sous-marins, avec des « étages » utilisés différemment selon les espèces.

Dans d’autres départements où le système existe déjà, certaines cages sont même devenues des zones de reproduction. Des poissons viennent y frayer, d’autres y chassent. Le refuge devient un petit écosystème à part entière, beaucoup plus riche qu’un fond nu de gravière.

Une idée déjà testée ailleurs en France

La Côte-d’Or ne part pas de zéro. Des dispositifs très proches ont déjà été installés dans plusieurs régions françaises. Par exemple, dans l’Hérault, une cage refuge a été posée en 2023 sur l’étang du centre Aquapêche, à l’initiative de l’AAPPMA « Les Berges de l’Orb ».

D’autres projets similaires existent aussi en Indre-et-Loire, dans le Lot-et-Garonne ou encore en région parisienne. À chaque fois, l’objectif reste le même : offrir des zones où les poissons peuvent se mettre à l’abri quand les cormorans deviennent trop nombreux.

Les premiers retours de terrain sont plutôt encourageants. Les observations subaquatiques montrent que de nombreuses espèces, notamment les alevins de perches et de gardons, utilisent très vite ces structures. Dès que les oiseaux tournent au-dessus, ils filent dans les mailles protectrices.

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Comment la Fédération va mesurer l’efficacité à Bressey-sur-Tille

Installer des cages, c’est une chose. Prouver qu’elles fonctionnent vraiment, c’en est une autre. La Fédération de Pêche de Côte-d’Or a donc prévu un suivi précis sur cette gravière.

Plusieurs points vont être observés. La fréquentation des refuges par les poissons. L’évolution des populations sur le plan d’eau. Et, si possible, la comparaison des zones avec et sans refuge. L’idée est simple : vérifier si ces structures réduisent réellement la prédation.

Si les résultats sont bons, ces refuges pourraient être installés sur d’autres plans d’eau du département. Car la présence de ces oiseaux piscivores progresse, et beaucoup de sites connaissent les mêmes soucis. Ce projet sert donc un peu de test grandeur nature pour la suite.

Une réponse équilibrée entre nature et pêche

Ce dispositif a un autre avantage : il propose une solution de compromis. Il ne s’agit pas de supprimer les cormorans, qui restent une espèce sauvage à part entière. Ni de sacrifier la pêche de loisir, qui fait vivre des associations et attire beaucoup de passionnés.

Les refuges offrent une voie médiane. Ils protègent les poissons les plus fragiles. Ils laissent la prédation exister, mais la limitent dans les moments les plus critiques. Et ils redonnent un peu de marge aux populations piscicoles pour se reconstruire.

Pour les pêcheurs, il y a aussi un côté positif à moyen terme. Des poissons mieux protégés, qui atteignent une taille plus intéressante, cela veut dire un milieu plus équilibré, et souvent des pêches plus régulières et plus variées.

Que peut faire un pêcheur ou un riverain à son niveau ?

Vous n’allez sûrement pas installer une cage géante dans votre étang, et c’est normal. Mais à plus petite échelle, il est possible d’aider les poissons à mieux se défendre. Par exemple en préservant des zones de végétation aquatique et des berges plus « naturelles ».

Laisser quelques arbres tombés dans l’eau, des branches, des tas de cailloux, crée déjà des abris. Éviter de « nettoyer » toutes les rives de façon trop radicale aide aussi. Plus il y a de caches, moins les poissons sont exposés en plein milieu lors des attaques d’oiseaux.

Enfin, le simple fait de se rapprocher de sa Fédération de pêche locale, de suivre l’actualité des projets, de participer aux comptages ou aux journées d’animations, permet de mieux comprendre ce qui se joue sous la surface.

Vers une nouvelle façon de penser nos plans d’eau

Ces cages sous l’eau ne sont pas des solutions magiques. Elles ne vont pas effacer d’un coup tous les effets des cormorans. Mais elles changent quelque chose d’important : notre manière de concevoir un plan d’eau.

Plutôt que de voir un lac comme une simple surface pour pêcher ou se balader, on commence à le penser comme un milieu complet. Avec des zones refuges, des habitats diversifiés, des endroits calmes et d’autres plus ouverts. Un peu comme une ville avec des rues, des parcs et des maisons.

À Bressey-sur-Tille, les deux cages ne sont peut-être qu’un début. Si les poissons s’y installent vraiment et que les chiffres suivent, elles pourraient inspirer d’autres projets, dans la région et ailleurs. Une petite structure de métal, mais peut-être un grand pas pour la gestion des milieux aquatiques.

Olivier Navarre
Olivier Navarre

Je suis vétérinaire spécialisé en médecine des animaux de compagnie depuis plus de 15 ans, diplômé de l’ENVA (École nationale vétérinaire d’Alfort). J’ai exercé en clinique urbaine et en centre d’urgence pour chiens et chats avant de développer un suivi dédié aux NAC et oiseaux domestiques. Mon travail m’a amené à collaborer avec des refuges et associations de protection animale pour améliorer la prise en charge comportementale et sanitaire. Ma spécialité est la prévention au quotidien : alimentation adaptée, bien-être environnemental et premiers signes d’alerte à connaître. J’écris ici pour traduire l’expérience du terrain en conseils clairs et fiables pour tous les amoureux des animaux.

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